Alice Karekezi Interview (en Français): Conversations avec l'Histoire; Institute of International Studies, UC Berkeley

La Justice au Rwanda: Les Droits des Femmes; une conversation avec Alice Karekezi, activist pour les droits humains; 5/10/99 par Harry Kreisler/Nanou Matteson
Photo Jane Scherr

See also the interview with Alice Karekezi in English by Harry Kreisler

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Introduction

Alice Karekezi, bienvenue à Berkeley.

Merci. Bienvenue.

Racontez-nous un peu votre histoire de famille. Quand est-ce que vos parents ont-ils quitté le Rwanda?

Mes parents ont quitté le Rwanda en 1961, séparément. Ils se sont rencontrés à une petite ville qui se trouve entre les Volcans, entre Goma ... entre le Rwanda et l'ex-Zaïre. Une ville frontalière. Ils se sont rencontrés là-bas. Ils se sont mariés. Et après mon frère est né, je suis née.

Ah. À l'ex-Zaïre, alors.

Oui, je suis née au Zaïre, à Goma.

Et est-ce que vous vous considerez Zaïroise?

Je pense que j'ai une partie de mon identité qui est Zaïroise -- maintenant on dit Congolese. Oui, je pense qui pour être née, pour avoir vecu, pour avoir eu des attaches dans ce pays, c'est une partie de moi. Je disais, quand j'étais au Zaïre, que j'étais Congolese d'origine Rwandaise -- à l'époque Zaïroise -- et quand je suis au Rwanda aujourd'hui je dis que je suis Rwandaise d'origine Congolese. J'ai un ami qui le dit de manière plus agréable. Il dit que je suis paléo-Congolese et néo-Rwandaise. Donc, mon rapport à l'identité est un peu ... comme #France Van Neuman aime dire, je m'approprie des choix culturels qui sont les miens. Il y en a un qui est important, parce qu'incontestable: C'est la dimension Rwandaise de moi. Et pour avoir eu à être contesté ma nationalité Zaïroise à l'époque, et pour avoir connu ce qu'on appelle "le déli de ma gueule" au Zaïre quand j'étais petite, j'ai toujours été très consciente de l'importance de ma dimension Rwandaise. Et, comme je disais, du côte incontestable de mon identite Rwandaise. Ça a toujours été claire.

Oui. Et quel rôle est-ce que vos parents ont eu en formant votre caractère?

Je ne suis pas très familière de génétique, dont je sais qu'il y a des débats importants sur la question de l'inné et de l'acquis. Je pense qu'il y a des choses innées, je ne sais pas. Mais il y a certainement des armes miraculeuses, pour utiliser l'expression de Cesaire, qui m'ont été donné par mes parents. Je pense que l'une des choses dont je me souviens le plus c'est leurs rapports à la vie, leurs côtes très positif, très optimiste par rapport à la vie, et par rapport aux autres êtres humains. De manière certaine, ils m'ont innoculée, et puis ils ont cultivé ça en moi. Je pense que ma curiosité je la dois aussi beaucoup à mes parents, en particulier à mon père. Mon père a investi beaucoup de temps à m'apprendre à lire, à écrire. Et en m'apprenant à lire et à écrire, je pense qu'il m'a ouvert beaucoup, beaucoup, beaucoup le monde. J'avais le coutume de dire, dans le temps, que j'ai voyagé dans le monde entier à travers ce que j'ai pu lire. Et l'amour des langues a été déterminant pour ça. Donc je pense que ce sont des choses assez essentielles qui m'ont été données.

Peut-être que j'ajouterai le désir d'indépendance. J'ai eu la chance, ou la malchance, je ne sais pas, d'avoir des parents qui m'ont beaucoup stimulée à être indépendante. Ma mère a toujours insisté sur la nécessité de continuer mes études, non seulement pour en savoir plus, mais pour gagner ma vie. Je ne peux pas oublier de me rappeler qu'elle disait souvent, elle dit, "D'abord étudie. Va le plus loin que tu peux. Et si un jour tu choisis de vivre avec un homme, assure-toi que c'est parce que tu l'as choisi, mais pas parce que tu ne peux pas faire autrement." Je pense que ça ne m'a pas mal influencé.

Oui, ce n'est pas tous les jours qu'on entend ça de sa mère.

Non. C'est vrai. Je sais aussi que souvent les mères ont le rôle de rappeler aux jeunes filles de penser à leur statue matrimonial. Et peut-être que la mienne regrette de n'avoir pas m'en rappeler assez.

Non, je ne crois pas.

Parce que je n'ai jamais pensé que c'était une pression, contrairement à certains de mes camarades.

Et vous aviez toujours eu envie d'étudier?

Oui. J'ai toujours eu envie d'étudier. Je crois que j'aimais bien apprendre. J'aimais bien apprendre aussi parce que le contexte dans lequel j'ai été interesse à apprendre était un contexte très ludique. Mon père, qui avait des apptitudes de certains d'enseignants (j'ai su après qu'en fait c'est à ça qu'il s'est destiné avant de quitter le Rwanda) à pu stimuler ça. Par exemple, il m'a appris à ecrire avant que je n'aie à l'école. Alors, je me rappelle qu'il m'achetait de très beaux "booknotes". Et pour un enfant qui n'avait pas six ans, c'étaient des grands cahiers, très beaux. Et le fait d'avoir accès à ça était magique. L'autre chose, c'est qu'il m'offrait de très beaux stylos. Je me rappelle que j'étais en deuxième primaire quand il m'a offert mon premier stylo Parker. Et je trouvais ça magique. Et aussi c'était un moment privilégié entre lui et moi. C'était un moment ou je parlais avec lui. Il me consacrait du temps. Et aussi, chaque fois qu'il y avait une proclamation de résultats, je crois que vous savez de quoi il s'agit, quand je devais avoir mes resultats à l'école, souvent il prenait un jour de congé et il venait à l'école spécialement pour ça. A l'époque, il travaillait à soixante kilomètres de là où j'étudiais, et il prenait un congé. Il venait. Et après ca, nous allions au magasin pour m'acheter un cadeau, quand j'avais réussi à me classer parmi les trois premières. Et après ca, nous allions au restaurant et il me demandait de lui dire ce que j'ai envie de faire. J'ai eu cette chance là.

Ça c'est formidable.

Je crois que j'ai eu de la chance.

Et la langue de l'education c'était le français?

Oui. Nous étions dans un pays anciennement colonisé par la Belgique, mais qui utilisait le français comme langue officielle. Il y avait d'autres langues.

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