Alice Karekezi Interview (en Français): Conversations avec l'Histoire; Institute of International Studies, UC Berkeley

La Justice au Rwanda: Les Droits des Femmes; une conversation avec Alice Karekezi, activist pour les droits humains; 5/10/99 par Harry Kreisler/Nanou Matteson
Photo Jane Scherr

See also the interview with Alice Karekezi in English by Harry Kreisler

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Les Études en France

Alors, vous êtes allée en France.

Je suis allée en France, d'abord à travers mes livres, pendant longtemps. Ce ne que plus tards que je suis allée en France, après avoir terminé mes études de droit, au dieuxième degré, quand je suis allée continuer mes études de troisième cycle en France. Et j'avais la curieuse impression de connaître et de ne pas connaître, parce que c'était un endroit que j'avais appris à connaître à travers la littérature française. J'ai fait des études secondaires en latin et philosophie, qui avaient une bonne partie de littérature. Mon programme d'histoire à l'école comprenais beaucoup, beaucoup d'histoire française. Donc, je venais là avec mes ambiguités culturelles. Je venais à la rencontre d'un pays que je connaissait à travers les livres.

Et est-ce que vous avez suivi des événements au Rwanda, pendant que vous étiez en France? Et par òu? Par quelle source?

Absoluement. J'ai suivi ça depuis 1990, quand la Guerre d'Octobre à commencé. Et j'ai suivi beaucoup après, quand j'étais en France, à partir de '91, à travers des amis, à travers des personnes qui étaient là, à travers la presse.

Et quand vous étiez à Paris vous avez rencontré une femme qui était en Belgique, qui venait de Rwanda. Vous voulez parler un peu de ça.

Oui. J'ai rencontré cette jeune femme pendant que je vivais à Paris. Je suis allée à Bruxelles voir des amis et j'ai entendu parler de son séjours. C'était une jeune fille au tour vivante qui avait la chance d'être envoyée à Bruxelles, qui était internat à l'hopital St. Pierre et qui avait survécu à la violence sexuelle. À partir de fin '94 òu nous avons appris par le billet d'un rapport assez important fait par African Rights, qui était intitulé "Death, Defiance, and Despair," nous avions appris que la violence sexuelle avait eu lieu de manière assez importante, de manière repandue, et pour moi c'était la première fois de rencontrer une personne que je savais avait subi ça. Et quand j'ai rencontré Clémentine dans sa petite chambre, j'avais vu une jeune fille assez souriante, qui parlait. Et c'est l'une des personnes qui m'ont le plus choqué à travers ces événements. Peut-être aussi parce que c'était la première. Mais elle avait un dossier très, très difficile. Elle était en train de subir une reconstruction chirurgicale, et elle avait été violé de manière collective. Elle à eu la malchance de contracter le SIDA et puis elle avait reçu de l'acide ... on lui avait verse de l'acide dans ses organes genitaux. Et de voir cette jeune fille, qui avait 17 ans à l'époque, '94, a été très éprouvant pour moi, parce que je me suis posée la question, qu'est-ce que je ferais à sa place? C'était très impressionnant.

Et de retour à Paris -- c'était en mars de '95 -- nous étions en train de célébrer la Journée Internationale de la Femme. Mais je suis allée voir des personnes, des défenseurs des droits des femmes, pour essayer de voir qu'est-ce que nous pouvions faire ensemble. Il me semblait qu'il était important de marquer cette periode là. Et j'avais tout naturellement, tout naïvement aussi, pensé que l'Union des Femmes Françaises qui célébrait ses 50 ans, serait le lieu naturel de cette discussion. Mais l'agenda de l'UFF était très charger cette année-là. Après tout il y avait tellement d'autres choses dans le monde, d'autres malheurs, et le temps qu'on pouvait consacrer à ça était une minute. Et encore choquée, sans doute, je trouvais que c'était trop court. Je trouvais que si l'UFF ne pouvais pas consacrer suffisamment de temps pour parler du problème qui arrivait au Rwanda, c'était pas la peine. Je suis allée plus tard, dans un autre échange que nous avions avec l'Université Paris 8, qui essayait beaucoup de nous aider à regler certains des problèmes à la maison. Et là encore, en dépit de leur réputation de progressiste, etc., j'avais l'impression (mais peut-être que c'était l'émotion) que "Oui, mais c'était un detail." Je me rappelle être sortie de cette rencontre très perturbée. Et c'était un moment critique aussi òu je commençais à me demander, mais est-ce que tous ces efforts fait -- d'abord depuis '91 nous essayons de prévenir ce qui allait arriver -- je me rappelle d'une autre rencontre en mars '93, un collège qui, ironiquement, parlait de reprimer les crimes contre l'humanité en ex-Yugoslavie, organisée par Les Médecins du Monde, òu je travaillait aussi dans le groupe Afrique.

Ah?

Oui, je faisais partie d'un groupe universelle des Médecins du Monde. Et j'ai vu à quel point des personnes pouvaient faire autant de bruit sur quelque chose qui était passé, et le peu de récéptivite qu'ils avaient par rapport à quelque chose qui pouvaient arriver. Pour ceux qui connaissent, qui ont suivi les événements de Rwanda, le 8 fevrier '93, il y avait eu une riposte du front patriotique Rwandais, en réponse au #_______ qu'il y avait eu dans le nord du Rwanda -- des actes génocidaux. Et à l'époque, nous étions là, dans ce colloque à la Villette. Et il y avait des hommes politiques Français de l'importance de #Michel Roncart, de #Bernard Cochnaire, et #Richard Cassnaves, je crois, pour la droite, et quelqu'un d'autre. Et la France était tellement partie prenante dans le conflit au Rwanda. Le gouvernement français soutenais le régime qui à commit le génocide. Et ils ont eu du mal à me donner la parole. Il à fallu que je me lève, que je lève mes deux bras. On n'arrivait pas à me donner la parole. Est-ce qu'il savait ce que j'allais dire? Je ne sais pas. Il n'y avait pas beaucoup d'Africains dans la salle. Je me rappelle qu'un médecin serbe qui était à côté de moi à continuer à chahuter pour qu'on me donne la parole. Et après, quand j'ai dit, mais très bien, vous êtes en train de parler d'un problème qui est arrivé. Maintenant qu'est-ce que vous dites de ce qui va arriver au Rwanda? Monsieur Rocart à dit qu'il s'éxcusait, qu'il trouvait ça triste, mais il n'était pas très au courrant de ce qui se passait. À l'époque il avait la réputation d'être le candidat naturel à la presidentielle.

Tous ces événements, à la longue, commençaient à questionner toute l'énergie que je mettais là-bas -- le rapport par rapport à ce qui avait. Et à l'époque nous pensions que c'était très important de sensibiliser l'opinion en France et nous y avions mis beaucoup d'énergie avec d'autres. Et parfois quand nous parlions à ceux qui étaient au Rwanda ils semblaient ne pas comprendre notre obstination à continuer. Ils disaient, "Mais vous ne pouvez rien obtenir là-bas." Et je commençais à avoir peur, après avoir vu Clémentine, qu'ils avaient raison. L'un d'entre eux me disait particulièrement quand je posait beaucoup de questions. "Il faut venir ici." Il faut venir ici pour comprendre parce que, bien sûr, hors de la tension des événements parfois nous étions très surprises des réactions, des façons de faire et nous nous sentions en droit de demander les comptes. Mais, je ne peux pas oublier que jusqu'en '95, je me suis entendue dire, "il faut venir, il faut voir." Et quand je suis arrivée au Rwanda en '95, j'ai entendu me dire ça, cet ami me disait, il faut venir ici plonger tes jambes dans la boue. Je veux voir tes jambes jusqu'au mollets, puis on discutera.

Vous avez compris ce qu'il voulait dire?

Je pense que je n'ai pas compris à quel point. Ce que je savait, c'est que tous ce que nous essayons de faire, me frustrais énormément. J'ai appris le sentiment de solitude dans ça, parce que c'était très intéressant intellectuellement de voir la celebration du cinquantième anniversaire de "plus jamais ça" en France, en même temps de se voir fermer toutes les portes par rapport à ce qui se passait au Rwanda et par rapport à ce en quoi la France avait une responsabilité directe. Ce double language là était très intéressant à comprendre. Et des amis français, autres Africains en France, nous ont beaucoup aidé. Et je ne peux pas oublier combien ils nous ont accompagné en ça. Mais eux, comme nous, ont du avoir cette frustration là. Et quand je suis arrivée en '95, je me suis dit que je vais y aller. Et je ne savais pas exactement ce que c'est, mais je savais que je ne savais pas à quel point. Je savais que je ne voulais plus mettre autant de temps, autant d'énergie, autant d'efforts pour rien. Et j'étais habitée par le doute par rapport à ma contribution. Je voulais être sur aussi que ce n'était pas une fuite de rester en France. Ce dont j'étais certaine c'est que peut-être que comme une personne qui à eu la chance d'être hors la tension -- je n'ai pas vécu la guerre, je n'ai pas vécu le génocide -- et j'ai eu le temps d'apprendre. Je me disais que peut-être je peux donner, qu'il était temps de donner, aussi. Et je voulais éprouver toute la théorie que j'avais enmagasiner. Je voulais voir ce que ça veux dire. Je voulais voir ce qu'une femme Rwandaise, Juriste, pouvait apporter à Clémentine et aux autres. Parce qu'elle n'était pas une exception. Je voulais voir.

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